Michel Berger

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Douce France
Marie-Christine Blais
collaboration spéciale
La Presse

Article de La Presse, de Montréal, du samedi 4 Mai 1996.

« Je suis dans une bonne période, là, vraiment.» Oh ! comme cela fait plaisir d'entendre ces simples mots dans la bouche de France Gall, lancés comme ça lors de l'entrevue exclusive qu'elle nous a accordée en direct de Paris pour marquer la sortie de son tout nouvel album, France, en magasin ici à compter de lundi.

Cela fait plaisir quand on songe à tout ce qui s'est abattu sur elle en 1992, année fatidique. D'abord, le décès soudain de son mari, l'auteur-compositeur Michel Berger tout juste âgé de 45 ans, alors qu'ils allaient monter ensemble sur scène pour la première fois (le show eut lieu quand même à Bercy, comme prévu, mais avec France Gall seule). Un malheur, lui, ne vient jamais seul, et la chanteuse dut ensuite combattre un cancer du sein, dont elle a finalement triomphé.

France marque un nouveau tournant pour la chanteuse qui faisait connaissance avec la célébrité il y a un peu plus de trois décennies, alors qu'elle s’en prenait à ce Sacré Charlemagne, âgée tout juste de 16 ans.

France est compose de 13 titres signés Michel Berger, dont Résiste, Ellle elle l 'a, Débranche, mais revus et revisités par des musiciens américains de calibre (Marcus Miller, le bassiste de Miles Davis, et Vinnie Colaiuta, batteur de Sting ), qui leur insufflent du funk, du groove, du soul, de l'acid jazz, le tout enregistré dans certains des studios mythiques de Los Angeles.

Pourquoi Los Angeles ? «J'ai voulu sortir de mon pays pour prendre une grande respiration. En France, les gens me connaissent, ils connaissent ma vie. Et quand ils me regardent, je lis dans leurs yeux «La pauvre !» ( ires). Je voulais aussi que mes enfants apprennent l'anglais, que nous vivions dans un endroit ou il fait beau et où on peut faire de la musique. Los Angeles s'est imposée comme une évidence. J'y avais déjà été avec Michel. Cette fois, nous sommes partis à trois, mes deux enfants et moi, en décembre 1994 et nous sommes revenus en Juillet 1995. »

Avant le départ pour Los Angeles, il y a eu un spectacle déterminant à la salle Pleyel ( l'équivalent de la salle Vincent-d'Indy ici ), là où Michel Berger avait enregistré son tout premier album en 1965, Puzzle, passé tout à fait inaperçu à l'époque. Ce show de France Gall, je l'ai vu en octobre 1994, et il était superbe de simplicité et de chaleur. «Je l'ai fait sans aucune promotion, uniquement pour le plaisir de chanter sur scène, commente France Gal1. C'était plus léger qu'à Bercy où tout le monde pleurait, plus gai, plus proche de ce que j'avais envie de faire. C'était aussi la première fois que je chantais des chansons que Michel avait écrites pour d'autres, comme Message personnel (écrite pour Françoise Hardy) ou Quelque chose de Tennesse (pour Johnny Hallyday ). Sans vraiment le savoir, je préparais ce disque américain, en fait.»
Les premières fois allaient ensuite se succéder: première fois que France Gall choisissait seule les chansons qu'elle allait interpréter sur disque et première fois qu'elle réalisait un album, le sien en l’occurrence. Comment s'est effectué le choix des pièces, parmi les quelque 450 écrites par Michel Berger ? « Je voulais d'une part des chansons très connues parce que France sort sur le marché international, il fallait que les gens puissent reconnaître certaines musiques. D'autre part, je voulais des titres méconnus pour les Français qui allaient accueillir cet album, des pièces comme Privé d'amour, Plus haut ou Lumière du jour que seuls les fans de Michel connaissent. »
Pour la première fois, le cinéaste Jean-Luc Godard a accepté de tourner un clip, celui de la chanson Plus haut. «Je lui ai tout simplement écrit une petite lettre pour lui demander si ça l'intéressait et il m'a téléphoné aussi simplement pour me dire qu'il acceptait, explique en riant l'ex-princesse de la vague yéyé. C'était d'ailleurs la première fois que quelqu'un passait une commande à l'ex-prince de la Nouvelle Vague. On a tourné dans sa maison, en Suisse. » Par ailleurs, c'est Kate Barry, la fille aînée de Jane Birkin, qui signe les photos de l'album France.
Bien que novice, France Gall est-elle une réalisatrice autoritaire ? « Très (rires). En fait, c'est pas que je suis autoritaire, mais quand ça ne me plaît pas, je fais une moue, adorable paraît-il, mais c'est quand même une moue (rires). »
« J'avais fait faire des traductions des chansons pour les musiciens parce que c'était capital pour moi qu'ils comprennent, poursuit-elle. Mais, régulièrement, au milieu d'un solo, je devais leur rappeler que c'était une chanson d'amour ou une chanson triste, etc. » (rires). C’est une expérience assez douloureuse que de réaliser, j'étais hyper inquiète, j'y pensais jour et nuit. Mais ça m'a donné confiance en moi. Je travaillais tous les jours de midi à 20h. Ensuite, tous les soirs, j'allais klaxonner devant la maison de Doris Day que j'avais louée, les enfants en sortaient et, pendant dix minutes, je les promenais à travers les jolies rues de Beverly Hills pour leur faire écouter mon travail. »
Dans l'ensemble, outre la couleur beaucoup plus funky de leurs arrangements, c'est la nouvelle intention des chansons retenues qui frappe: «Mon album n'est pas gentil, confirme France Gall, il est sensuel et il est aussi « dark » comme disaient mes musiciens américains. Une chanson comme Elle elle l'a, par exemple, je la fais beaucoup plus lourde que la version originale. C'est que je ne suis pas du tout, du tout la même personne qu'avant...
« J'avais un idéal dans la vie, et ce n'était pas du tout de faire de la musique, conclut-elle. C'était de me marier et d'avoir des enfants. Quand j'ai connu Michel, j'ai pris le temps d'avoir une famille pendant que lui n'arrêtait pas de courir dans tous les sens parce que c'était un fou de travail. Ensuite, à partir du moment où j'ai chanté ses musiques, j'ai appris à enfin aimer mon métier, qui m'avait pourtant rendu affreusement malheureuse dix ans auparavant. Donc, non seulement j'ai été une femme comblée, mais j'ai aussi été la chanteuse la plus heureuse de la terre, avec des chansons écrites pour moi par la personne qui me connaissait le mieux.
«C'est pour cela que, lorsqu'on me demande avec qui je voudrais travailler maintenant et qu'on me mentionne les noms de Goldman ou Cabrel, je réponds toujours « il faudrait que je vive avec eux, est-ce qu'ils sont libres? » (rires ) Je crois qu'en apportant ma vision aux chansons de Michel, ce que je n'avais encore jamais fait, j'ai fait un disque qui ne ressemble à aucun autre de mes albums mais dans lequel on retrouve pourtant Michel, complètement (silence). Dans le fond, je travaille encore avec Michel... »


Toutes les précisions et suggestions sont les bienvenues.
Dernières modifications: le 23-03-97.